Phobos (tome 03)
bide intersidéral

Phobos 3 Victor Dixen Collection R

En plus des risques de tempêtes, les pionniers de Mars doivent gérer une crise en interne. Sans que les spectateurs ne se doutent de quoi que ce soit, sans que Serena McBee ne s’en mêle… Sur Terre, Harmony et Andrew fuient. De leur survie dépend celle des pionniers… Mais Serena n’a pas dit son dernier mot et gagne encore en puissance…

Des premiers tomes accrocheurs
Le premier tome de Phobos avait été une belle découverte, sa suite m’avait un peu moins convaincue mais le spin-off Origines avait su me rassurer quant au potentiel du "dernier" tome de la "trilogie". Sur Internet, les chroniques commençaient à tomber : certains avaient adoré, d’autres détesté… Verdict ?

Un tome centré sur la télé-réalité
Je ne vais pas vous faire patienter longtemps : Phobos 3 a été une immense déception.

Avec Phobos 3, nous quittons l’exploration spatiale et les querelles amoureuses pour nous centrer sur une intrigue qui tend vers le géopolitique : Mars est progressivement délaissée par l’auteur qui lui préfère la Terre et ses habitants : la série de SF prend alors des allures de drame politique, de dystopie en devenir.

Un sentiment général de too much
Il résulte de Phobos 3 un sentiment de trop : trop de rebondissements mal préparés, trop de Deus Ex Machina bien commodes, trop de suspense qui s’étire à son paroxysme… Malgré de bonnes idées de départ, l’accumulation fait que le lecteur finit par se lasser et/ou ne plus y croire. Et si, dans le cadre d'une télé-réalité orchestrée de bout en bout, les rebondissements théâtraux ne gênent pas (car prévus par Serena), dans la réalité, loin du projet Genesis, ils paraissent artificiels et perdent de leur saveur.

Des héros fades et une evil Mary Sue
Dans Phobos 3, les pionniers ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, dénaturés : Léonor subit sans réagir (ou à retardement), Andrew et Harmony peinent à intéresser… Comme si l’auteur forçait ses personnages à prendre des décisions qui ne leur correspondaient pas pour aller dans le sens d’une l’intrigue prévue pour eux sans les consulter.

Mais bien plus que les martiens, le véritable personnage central de Phobos 3, c’est Serena. Au fil du livre, elle prend une importance monstre et phagocyte tout sur son passage. Démoniaque mais adulée comme le Messie, le pouvoir est entre ses mains et tous les hommes sont à ses pieds. Serena se change alors en véritable "Mary Sue" maléfique, caricaturale à l’excès, et l’auteur nous la dépeint dans sa toute puissante perfection *facepalm*.

Une intrigue qui part dans tous les sens
Mais le plus frustrant a été cette désagréable impression de lire un tome de remplissage (malgré ses 600 pages !). Victor Dixen incorpore sans cesse de nouveaux éléments à son intrigue, sans pour autant les développer totalement par la suite. A l’inverse, une révélation présente dans les cinquante dernières pages du roman remet en cause tout ce que l’auteur a développé durant cent-cinquante pages de son tome trois… Sans spoiler : toutes ces pages ont été écrites pour… RIEN ?! J’ai levé les yeux au ciel et grincé des dents. Trop de tragique pour faire du tragique tue justement le tragique !

Les points positifs ?
Malgré tout, Phobos 3 reste un roman bien écrit. Victor Dixen maîtrise son style et sait comment mettre en scène les moments les plus épiques. J’ai été soufflée par ses descriptions enlevées de la planète Mars. Les références à l’expérience du chat de Schrödinger et au Pastafarisme m’ont également fait sourire : vive les petits clins d’œil aux fans de SF !

The End ?
Vous l’aurez donc compris, Phobos 3 nous fait quitter l’Espace, l’exploration spatiale et la télé-réalité pour prendre une direction plus réelle, plus géopolitique (un comble pour une série qui se basait sur la conquête spatiale ? Oui, un peu...). Ici, les héros des tomes précédents s’effacent et laissent place à la grande et méchante Serena, le tout dans un déluge de rebondissements qui peinent à convaincre… Dans Phobos 3, toutes les certitudes volent en éclats... pour le pire.

Enfin, concernant la stratégie de communication autour de la série Phobos : quand une saga fonctionne bien, il est normal que l’on veuille l’étendre au maximum…  Faire de la publicité pour les Origines à l’intérieur de Phobos 3 ne m’a pas choqué (même si très clairement, je ne suis pas certaine que l’on puisse se passer de sa lecture pour lire ce tome trois, sans quoi certaines révélations paraissent WTF ?! au possible car pas du tout amenées dans les autres Phobos) mais par pitié, arrêtez d’annoncer que le prochain Phobos sera le dernier alors qu’au final, non ! La fin de Phobos 3 n’est pas un véritable point final : presque toutes les questions posées restent sans réponse et appellent donc clairement à lire la suite… Ce quatrième tome sera-t-il le dernier pour de vrai cette fois ? L’avenir seul nous le dira.

Phobos (tome 03) ~ Victor Dixen
Collection R (novembre 2016), 624 pages, 18€90