Murder Incarnation, Dilemma & Aphorism
Trois mangas, trois questions métaphysiques

Adieu soleil bleu et sable fin : cet été, les éditeurs ont plutôt décidé que sur la plage, la mode serait au thriller et au survival. De toute façon, avec la chaleur qu’il a fait ces derniers jours, vous prendriez bien un peu de sueurs froides ?


Murder Incarnation (tome 01) : jusqu’où êtes-vous capable d’aller pour rendre la vie à un être cher ?

Murder Incarnation, tome 01, Shinji Inamitsu & Keita Sugahara Komikku éditions

Si une mystérieuse jeune fille vous proposait de ressusciter l’être aimé, la croiriez-vous ? Et s’il fallait pour cela devenir un assassin, en seriez-vous capable ?

Après avoir sorti quelques séries douces et poétiques (The Ancient Magus Bride, Le Berceau des mers), les éditions Komikku semblent revenir à un autre de leurs sujets de prédilections : les thrillers surnaturels ! Sorte d’Ikigami fantastique, Murder Incarnation propose à ses lecteurs de suivre le parcours de plusieurs héros dont un proche vient de décéder. Ils ont vingt-quatre heures pour se décider : tuer ou renoncer à jamais à l’être aimé.

Au programme de Murder Incarnation : dilemmes, quiproquos et faux semblants ! Le lecteur est rapidement pris de fascination pour ces personnages en apparence sans histoires qui, au fil des pages et face au chagrin, changent de visage. Les histoires sont prenantes, le scénario bien ficelé (bien qu’un peu répétitif), et ne laisse aucun temps mort : les héros n’ont que vingt-quatre heures pour se décider et ce sentiment d’urgence est bien rendu dans le rythme de la narration.

Malgré tout, beaucoup seront gênés par les graphismes de Murder Incarnation. En effet, ce manga a été totalement réalisé en 3D, décor comme personnages, ce qui lui donne un aspect tout sauf naturel. On a alors l’impression d’être face à des anime kigurumi / animegao (flippant, hein ?) : statiques, les positions des personnages manquent de naturel. Les visages sont inexpressifs, ce qui rend mal à l’aise et ne facilite décidément pas l’empathie. Pourtant, l’empathie est une émotion capitale dans ce type d’histoire car elle permet de mettre en place la Catharsis.

Bref, si vous savez faire abstraction des graphismes, foncez : Murder Incarnation est un thriller qui pourrait vous plaire, surtout si vous aimez déjà des séries comme Ikigami ou Reversible Man. Sinon, passez clairement votre chemin.

Murder Incarnation, tome 01, Shinji Inamitsu & Keita Sugahara Komikku éditions seinen horrifique scan1

Fiche de l'éditeur

Dilemma (tome 01) : Toutes les vies se valent-elles ?

Dilemma, tome 01, Hajime & Tatsuya Tôji Komikku éditions

Yuzuru n’est pas d’un naturel sociable. Alors qu’il change d’établissement scolaire et s’apprête à entrer dans sa nouvelle classe, Yuzuru trouve les élèves de sa classe... morts ! Wabiko, une étrange jeune fille, lui propose alors un jeu pervers : Yuzuru devra choisir qui ressusciter, qui laisser mourir…

Toujours dans le registre du thriller, Dilemma est un titre qui prend le schéma du survival en contrepieds. Plutôt que d’avoir en postulat de départ des élèves vivants qui décèdent au fur et à mesure que l’histoire avance, on nous propose une multitude d’élèves déjà morts et un héros face à des choix cornéliens : qui sauver, qui condamner ? Et même s’il s’agit là de rendre des vies déjà injustement fauchées, le choix de Yuzuru n’en est pas plus simple.

Dilemma pose ainsi la question de la responsabilité, le tout dans une ambiance qui rappellera le shônen Enigma. Si personne ne mérite de mourir, sur quels critères se base-t-on pour donner le droit de vivre à autrui ? A la lecture de Dilemma, on se sent tout petit et manipulé, comme des fourmis que les dieux dissèquent pour se distraire.

Avec des graphismes classiques mais efficaces, Dilemma saura donc satisfaire les amateurs de survival à la recherche d’un peu d’originalité.

Dilemma, tome 01, Hajime & Tatsuya Tôji Komikku éditions survival scan1

Fiche de l'éditeur

Aphorism (tomes 01 & 02) : quels moyens est-ce que je me donne pour survivre ?

Aphorism, tome 01, Karuna Kujô Pika éditions shônen

Le lycée Naraka est l’établissement le plus prestigieux du Japon. Pour y entrer, il suffit de voir une île flotter dans les cieux - comme Momiji. Tous les élèves qui sortent de Naraka sont promis à la richesse et à la célébrité… Mais en y entrant, Momiji découvre la glaçante réalité : pendant un an, lui et ses camarades de classe devront affronter des forces surnaturelles… des examens dont l’échec entraîne la mort.

Plus classique dans sa narration, Aphorism est un shônen de type survival qui rappelle lui aussi Enigma de par le cadre scolaire imposé. Mais si Dilemma mettait tout l’accent sur le psychologique, Aphorism privilégie quant à lui l’action. Avec ce shônen, l’atmosphère n’est jamais pesante très longtemps et les dilemmes sont de courte durée, la mangaka préférant se concentrer sur les solutions plutôt que les problèmes. Malgré tout, les combats des héros demandent une certaine réflexion : Karuna Kujô désaccentue l'aspect combat-bourrin en faveur de défis plus subtils tels que se cacher ou vaincre des ennemis en résolvant des énigmes.

Aphorism, tome 02, Karuna Kujô Pika éditions shônen

Aphorism n’est donc pas qu’un shônen de combat. Une fois passé une contextualisation un peu fouillie, il soulève des problématiques intéressantes : en suivant le parcours des héros, le lecteur pourra ainsi s’interroger sur les angoisses et les désirs qui régissent chacun d’entre nous, sur la définition de l'être humain.

La galerie de personnages proposée reste sympathique sans pour autant marquer les esprits : la notion de groupe prime ici et l’entraide est bien présente, ce qui est d’ordinaire rare dans les survival.

Ainsi, sans révolutionner le genre, Aphorism est un survival qui sait se démarquer par petites touches : le contexte, les combats, la solidarité entre personnages... A tenter, donc, pour une lecture sans prise de tête !

Fiche de l'éditeur


En conclusion, je dirais donc que ces trois mangas, bien que différents, se rejoignent en s’interrogeant sur l’Humain : face aux dilemmes qui leurs sont présentés, les héros choisissent d’être porteurs d’espoir ou de désespoir.

Et vous, que feriez-vous à leur place ?