L’Anthologie Moto Hagio
une consécration de l'Osamu Tezuka du shôjo !

 

moto-hagio-anthologie-glénat

Ayant beaucoup aimé Le cœur de Thomas, j’étais curieuse de voir ce qu’allait donner l’anthologie de Moto Hagio, récemment sortie chez Glénat. En effet, même si le nom de Moto Hagio ne vous évoque rien, elle est connue au Japon pour avoir influencé un bon nombre de mangaka dans le monde du shôjo. Aussitôt sortie, aussitôt dévorée, et je ressors de cette lecture encore un peu hantée par les personnages qui la peuplaient...

Avec son boitier blanc qui lui donne un côté sobre et sérieux, l’anthologie de Moto Hagio est élégante et soignée. Divisée en deux volumes, l’édition de Glénat nous propose de suivre deux fils conducteurs : une première partie intitulée "De la rêverie" est axée Science Fiction, tandis que l’autre, "De l’humain", se partage entre les genres Fantastique et Réaliste. On découvre ainsi différentes facettes du travail de Moto Hagio : l’évolution de son graphisme, ses thèmes de prédilections… et surtout, on prend conscience de la diversité de genres abordés par la mangaka.

Moto Hagio passe avec brio de l’historique à la romance, de la SF au manga tranche de vie, et son surnom d’"Ozamu Tezuka du shôjo" prend alors tout son sens : possédant une maîtrise impressionnante dans la mise en scène et de la dramaturgie, Moto Hagio réinvente le shôjo, le diversifie, et aborde des récits complexes sans craindre de perdre son lecteur. À noter que chaque nouvelle est brièvement analysée, en quelques lignes, une façon de mieux appréhender et comprendre l’univers de la mangaka.

Glénat offre donc une édition à la hauteur du talent de Moto Hagio. Cette anthologie est à conseiller à tous ceux qui aiment lire des shôjos un peu old school sortant des sentiers battus. En espérant que cette première édition soit un franc succès et qu’elle ouvre la voie à d’autres éditions d’œuvres classiques au Japon, mais encore méconnues du public français !

2013

 


L'Anthologie
Titre après titre

Pour mieux vous convaincre de découvrir cet ouvrage, j'ai tenu à présenter les nouvelles et les séries de façon indépendantes. Une façon de vous montrer la grande diversité de ce recueil :

Volume 01 : De la rêverie

  • Un rêve ivre :

Dans cette courte nouvelle, il est question de l’ambigüité entre les sexes, mais aussi de destin et de fatalité, le tout enrobé dans un cadre de Science Fiction. Deux scientifiques se rencontrent sur une station spatiale sans savoir qu’ils se sont déjà vus, dans une autre vie. Par la chute brutale de cette nouvelle, les personnages continuent de nous hanter, une fois la dernière page tournée.

moto-hagio-anthologie-glénat-extrait-un rêve ivre

 

  • Nous sommes onze
    Nous sommes onze (suite) – Est & Ouest, un lointain horizon :

Dix cadets se soumettent à un examen qui leur permettra d’intégrer une école prestigieuse. Dans l’espace, ils sont placés dans un vaisseau à la dérive. Ils doivent y survivre, quoi qu’il arrive. Mais arrivés sur le vaisseau, ils découvrent qu’ils ne sont pas dix participants, comme prévu, mais onze. La paranoïa commence à s’installer sur le navire…

Cette série commence avec un postulat de départ simple mais intriguant. Un peu à la Judge mais en moins gore, "Nous sommes onze" allie Science Fiction et Thriller. L’ambiguïté entre les sexes est encore brouillé avec le personnage de Flore, un être qui n’est ni homme ni femme. La suite de "Nous sommes onze est" pourtant dans un tout autre ton. On quitte le huis clos spatial pour découvrir les complots pour détrôner le roi d’une planète. Les héros restent les mêmes mais ils ont grandi.

  • Le petit flûtiste de la forêt blanche :

Une brève nouvelle plutôt classique, par rapport aux précédentes. Une petite fille fait la connaissance d’un étrange garçon dans la forêt. Faut-il se méfier de ce nouvel ami ? Teinté de Fantastique, "Le petit flutiste de la forêt blanche" tend à faire transition avec le deuxième volume de l’Anthologie. Les émotions sont toujours aussi fortes, même si on se doute du dénouement. Les passages dans la forêt sont dépeints avec beaucoup d’émotions. Si nous aussi, nous vivions dans un tel lieu, nous ne pourrions nous empêcher de trembler…

Volume 02 : De l’humain

Ce recueil se centre sur une réflexion sur la condition humaine et sa complexité.

  • La princesse iguane :

J’ai commencé L’Anthologie par cette nouvelle et elle est automatiquement devenue l’une de mes favorites. Aux yeux de sa mère, Rika naît avec l’apparence d’un lézard. Il n’y a qu’elle qui la voit ainsi. Les autres la considèrent comme une petite fille normale mais sa mère n’est pas dupe. Difficile d’aimer cet enfant que son instinct maternel tend à repousser… La princesse iguane est une allégorie sur l’amour et le rejet entre une mère et sa fille. Cette nouvelle évoque tout en subtilité un amour proche de la haine, tout en proposant une belle métaphore de la société humaine et de sa très grande diversité.

moto-hagio-anthologie-glénat-extrait-la princesse iguane

 

  • Mon côté ange :

Yudy et Yucy sont siamoises. Reliées par la hanche, Yudy doit sans cesse s’occuper de sa sœur. Jusqu’à ce qu’une opération les sépare… Dans ce récit, les frontières entre l’amour et la haine se brouillent encore. Ce thème semble rémanent chez Moto Hagio et elle en montre ici son plus bel exemple. Yudy déteste sa sœur, qu’elle considère comme un poids. Et pourtant, saurait-elle vivre sans cette présence encombrante ?

  • Le pensionnat de novembre :

On retrouve dans "Le pensionnat de novembre" les prémices de ce qui donnera naissance au Cœur de Thomas : les personnages, le décor… Tous les éléments sont là, mais agencés différemment. On retrouve Juli, Erik, Oskar, même si les relations entre eux ne sont pas identiques à celles des Juli, Erik et Oskar du Cœur de Thomas. Quand on connait cette œuvre, le lien est flagrant.

  • Pauvre maman
    Le coquetier :

Quel est le point commun entre la mort d'une mère et le récit de trois personnages pendant la guerre ? A priori rien, si ce n'est que le cadre s’y fait plus réaliste, et pourtant... Si j’ai choisi de parler de ces deux récits en un seul paragraphe, c’est parce que dans leur essence, ils se ressemblent énormément.

Mettant en scène des personnages innocents et cruels à la fois, Moto Hagio s’éloigne de l’Europe idéalisée du Cœur de Thomas (et par extension, du pensionnat de novembre). Ici, il est question de guerre et de cruauté, mais aussi de mélancolie. Toutes aussi fortes que "La Princesse Iguane" et "Mon côté ange", ces nouvelles marqueront l’esprit des lecteurs par leurs fins abruptes et la vraisemblance de caractère de leurs protagonistes. Une fin d'ouvrage qui nous donne envie de découvrir des oeuvres plus actuelles de la mangaka...

Moto Hagio Anthologie Le coquetier extrait

L'Anthologie de Moto Hagio
Glénat éditions (novembre 2013), étui deux volumes, 25€50