Les enfants de la Paranoïa
Paranoia Agent

« Sais-tu combien de décès sont attribués à des accidents aux Etats-Unis, chaque année ? Plus de cent mille. Les gens ne sont pas aussi maladroits que cela. La plupart de ces décès ne sont pas accidentels […] C’est une Guerre »

Les Enfants de la ParanoïaDepuis qu’il a dix-huit ans, Joe ne connait que la Guerre, comme il appelle ce conflit caché aux yeux de tous qui oppose deux clans ennemis ; ce conflit pour lequel on entraîne les enfants à tuer et à haïr autrui parce qu’ils sont le Mal et eux, le Bien. Joe est au service du « Bien ». Les gens qu’il tue sont mauvais, du moins, c’est ce qu’on lui a enseigné depuis son plus jeune âge et même s’il en doute parfois, c’est sa seule perspective d’avenir… Mais l’arrivée de Maria dans sa vie va chambouler tout ce en quoi il croyait jusqu’alors. L’Amour sera-t-il plus fort que la Paranoïa ?

Malgré ce résumé qui pourrait vous laisser présager une bleuette dans laquelle le héros s’éprend d’une fille, qui va bouleverser son univers et l’encourager à renier tout ce en quoi il croyait au nom de l’Amour (vous connaissez le refrain, je pense) Les Enfants de la Paranoïa est avant tout un récit haletant, dur et adulte qu’il est bien difficile de lâcher. Dès les premières lignes, on est plongé dans le quotidien de notre héros : Joe, un soldat qui se débat dans un conflit dont tous ignorent les véritables origines. Tuer est son métier, mais aussi sa seule chance de survie, dans un univers où il s’agit de traquer avant d’être traqué. Ainsi, il nous décrit la lutte intestine dans laquelle on l’a plongé enfant et dont les règles nous échappent.

Ce premier roman de Trevor Shane m’a fait penser à un Entre chiens & loups (Malorie Blackman) pour adulte. Les personnages sont réalistes et attachants. Le style de l'auteur est simple mais efficace : le narrateur n'est autre que Joe, qui conte ses aventures sous forme d'un journal qu'il adresse à Maria. Ainsi, on ressent très facilement les doutes et les peurs du héros. Le monde dans lequel évolue Joe est sombre et il n’y a aucune place pour l’espoir, tant et si bien qu’on finit par devenir paranoïaque, à notre tour, redoutant chaque nouvelle rencontre : ami ou ennemi ?

Les enfants de la Paranoïa est donc un roman dur mais prenant. J’ai été scotchée à mon livre, notamment dans les deux cent dernières pages où il m’était impossible de le lâcher. C’est cette ambiance oppressante, mêlée à un fatalisme qui fait froid dans le dos, qui m’a fait verser quelques larmes, mais après tout, comme le dit Joseph, ceux qui sont extérieurs à cette guerre ne peuvent totalement comprendre les raisons qu'ils ont de la mener.

Quoiqu’il en soit, il me tarde de connaître la suite des Enfants de la Paranoïa, qui j’espère, nous en dévoilera un peu plus sur les coulisses de la guerre à laquelle participe Joe. Nous n’avons encore aucune date pour le deuxième tome. L’année prochaine, qui sait ? Personnellement, je serais au rendez-vous.

Les enfants de la Paranoïa ~ Trevor Shane
Editions Michel Lafon (avril 2012), 368 pages, 19€95

Les + : un roman profond et prenant
Les - : à déconseiller à ceux qui ont peur du sang + langage plutôt cru XD
à conseiller à ceux ayant aimé : Entre chiens et loups de Malorie Blackman
d'autres avis chez : Francesca